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Valise au pied, sac sur le dos, ils attendent au bord du carrefour. Le bout de trottoir les protège tout juste du flux de voitures qui défilent. Une voiture s’arrête, mais repart. Une autre, s’arrête pour de bon. Enfin, car il faisait froid ! Le conducteur descend vite, stressé, vérifie que ces trois-là sont bien ses compagnons de route : André, Anna et Anatole, c’est ça. Let’s go, on est mal garés, c’est dangereux, les sacs dans le coffre, on grimpe et on redémarre. Si vous avez déjà pratiqué le covoiturage, cette scène ne vous est sûrement pas totalement étrangère.

Un Français a accès à 3 fois plus de routes qu’un Anglais (mesurées en km/hab) : la France dispose d’un réseau routier particulièrement développé et structuré. Par ailleurs, 80% des foyers sont équipés de 2 véhicules ou plus, soit au moins 10 places à disposition de chaque ménage. Enfin, le taux d’occupation des voitures en circulation tourne au tour de 1,2 passagers/véhicule. Ce ne sont pas les capacités qui manquent.

L’enjeu de notre époque n’est plus de construire l’infrastructure routière, mais de l’utiliser mieux. Il n’est pas de démocratiser l’accès à la voiture, mais d’optimiser son usage. Le Conseil d’Orientation des Infrastructures pourrait se concentrer sur ce seul objectif : un programme de « mise à jour » (ou « upgrade ») des infrastructures.

Quand vous utilisez un logiciel, les mises à jour sont permanentes, et le service évolue en continu, s’améliore sans cesse, en prenant comme base le logiciel initial. Il est temps d’adopter la même stratégie pour les infrastructures, celle de « mises à jour ». Concrètement, ce sont des changements à coûts limités, sans commune mesure avec une nouvelle autoroute ou une ligne TGV. Ce sont des modifications qui peuvent se faire rapidement, ce qui permet de réduire la fracture temporelle entre la révolution numérique et l’évolution des infrastructures.

Que l’on parle de l’électricité, du gaz ou de la route, tous les réseaux font face aux mêmes enjeux : les consommateurs deviennent producteurs, la production se décentralise et foisonne, et le rôle du réseau change vers plus d’intelligence. C’est évident dans l’électricité : le photovoltaïque transforme chaque foyer en producteur-consommateur. La consommation devient pilotable avec l’effacement, et le réseau joue un rôle d’équilibrage. Le gaz connaît la même dynamique avec les agriculteurs qui produisent du biogaz qu’ils injectent sur le réseau.

Et dans la mobilité ? La révolution du partage permet la coproduction : le covoiturage révèle de nouvelles capacités de transport, partout en France, à tout instant. Comuto, qui a développé Blablacar, a montré qu’il est possible de capter les sièges libres pour les trajets longue distance. Mais le potentiel est encore plus important sur les trajets du quotidien. La France regorge d’initiatives et de pépites dans le secteur.

Hélas, le réseau routier n’a pas été conçu pour permettre le partage : il a été développé pour prendre sa voiture en bas de chez soi, faire un trajet jusque chez le médecin ou la grande surface, bref, se garer à destination. Jamais il n’a été pensé pour vous permettre d’emmener quelqu’un d’autre en passant. Il est structurellement construit pour la voiture solo, contrairement à un réseau de bus ou de train. Personne n’imagine une ligne ferroviaire sans gare, ou une ligne de bus sans arrêt : c’est pourtant aujourd’hui la situation du réseau routier.

Les tuyaux sont construits : l’intelligence se situera aux jonctions. Les nœuds sont les points clés : carrefours, échangeurs, jonctions avec les transports collectifs, parkings… Les intelligences à y mettre sont multiples : des capteurs et du numérique, bien sûr, pour mesurer et optimiser. Mais aussi de l’adaptation de l’infrastructure pour un usage différent. ll y a quinze ans, les notions de « cheminement piéton » et d’aménagements cyclables ont fait leur apparition : il est désormais évident que pour que la marche et le vélo se développent, il faut adapter l’infrastructure pour permettre une pratique sécurisée et agréable. Il en est de même pour les usages partagés : permettre à des passagers d’attendre sereinement leur covoiturage comme ils attendraient un bus doit devenir une évidence. La rencontre est la première étape, mais l’infrastructure est impactée ailleurs : voie réservée au covoiturage, dépose au pied d’un transport collectif… Ce sont de nouveaux parcours correspondants à de nouveaux usages qui se dessinent, lesquels n’apparaîtront pas par l’unique action du Saint-Esprit (fut-il numérique).

Enfin, cette stratégie d’adaptation du réseau routier, pour permettre la rencontre entre passagers et conducteurs, est une clé pour le modèle du véhicule autonome. Celui-ci devra être partagé dans son usage (utiliser le véhicule autonome de la même manière que la voiture aujourd’hui amènerait à un scénario catastrophe en termes d’inefficacité collective). Le véhicule autonome devra être utilisé comme micro-bus de haute qualité : avec par exemple des points de rencontre sur le réseau routier ou encore des correspondances rapides.

Les aires de covoiturage se sont multipliées depuis dix ans, sous la pression d’une pratique sociale. Progressivement, ces parkings relais de covoiturage sont devenus une politique de mobilité. Mais ce n’est que le début, et d’autres formes apparaissent : les premiers « déposes minutes » covoiturage sont en cours de création dans la métropole du Grand Lyon, avec le projet Lane.

 

Mais il faut accélérer ! Alors que les Etats-Unis disposent déjà de 100 000 km de voies réservées au covoiturage avec des points de rencontre (permettant le « sluging ») ; en France, nous en sommes seulement à envisager d’expérimenter.

Il faut sortir des mythes de l’économie numérique miraculeuse, qui ne coûterait rien. Pour mettre de l’intelligence numérique et physique sur les nœuds du réseau routier, il faut de vrais moyens. De « vrais moyens » qui ne resteront jamais qu’une fraction de ce qu’aurait coûté une nouvelle infrastructure.

Adopter une stratégie de « mise à jour » du réseau routier dès aujourd’hui, c’est préparer le modèle de transport de demain. Il est l’heure d’accélérer !

Le service public bientôt métamorphosé par l’économie du partage

Le service public bientôt métamorphosé par l’économie du partage

Expulsée. Comme 14 000 autres chaque année, votre famille est expulsée de son logement. A la rue. Votre enfant de 7 ans est juste assez grand pour comprendre ce qui vous arrive.

Licencié. Pour aller au travail, vous aviez besoin de votre voiture. Celle-ci est tombée en panne. Vous le saviez, ça allait arriver. Au début, vous vous êtes débrouillé, mais vous n’avez pas réussi à chaque fois. A regret, votre employeur a été obligé de vous licencier.

Coupe budgétaire. Vous êtes élu local. Vous les rencontrez, chaque jour, ces chômeurs, ces personnes sans logement, ces travailleurs pauvres. Mais les budgets sont ce qu’ils sont : pas de bus en plus, pas de logement supplémentaire. Et les perspectives sont mauvaises : il faudra encore couper.

Plus de besoins et moins de moyens : comment résoudre cette impossible équation ? Sommes-nous irrémédiablement engagés sur la pente décliniste et angoissante d’un service public qui recule ? La solidarité sera-t-elle, bientôt, à son tour en cessation de paiement ?

Face à ce sombre tableau, nous clamons l’optimisme : non la solidarité n’est pas morte, et oui le service public a un bel avenir devant lui. Voici comment. Lire la suite « Le service public bientôt métamorphosé par l’économie du partage »

Pacte de responsabilité des territoires : ensemble, soyons optimistes !

Pacte de responsabilité des territoires : ensemble, soyons optimistes !

Le Gouvernement demande aux collectivités de couper dans les dépenses. L’action publique doit se réinventer et peut s’appuyer sur l’économie du partage et l’innovation pour plus d’efficience et pour la réussite de la transition énergétique et numérique. Lire la suite « Pacte de responsabilité des territoires : ensemble, soyons optimistes ! »