Quand vous faites du covoiturage sur une longue distance, il ne vous vient pas à l’idée d’attendre un conducteur qui passe en bas de chez vous, Rue du Poitou à Paris, pour vous emmener directement Rue de Provence à Marseille. Vous risqueriez d’attendre longtemps. C’est globalement la même chose pour le covoiturage local : il est illusoire d’attendre un covoiturage qui vous emmènera de Rue du Poitou à Rue du Paradis à Mantes-la-Jolie.

En revanche, vous pourriez avoir l’idée de vous rendre à un endroit clé du réseau routier (par exemple, une porte du périphérique de Paris). Exactement comme quand, pour aller à Marseille, vous retrouvez votre conducteur à une station de métro, une gare de banlieue ou une porte de Paris.

Vous feriez exactement comme vous le faites pour les transports collectifs : vous enchaîneriez un ou plusieurs modes de transport pour atteindre votre objectif. Ou comme le font les auto-stoppeurs : vous allez attraper le flux de véhicule qui vous intéresse.

 

La rupture de charge, ce tue-l’amour pourtant indispensable

 

Le vrai sujet du covoiturage est donc de permettre la « rupture de charge » avec la voiture individuelle.  

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Zoom sur la « rupture de charge » : 

Dans le domaine des transports, la rupture de charge est l’étape durant laquelle des passagers (ou des marchandises) transportés par un premier véhicule sont transférés dans un second. Ce changement peut être immédiat ou non. Les ruptures de charges sont coûteuses, car elles impliquent une perte de temps et des opérations de manutention. Enfin, un organisateur de transport essaiera de les limiter autant que possible.

 

La « rupture de charge », ce terme qui mélange échec amoureux et problème électrique, est tellement lourd qu’il constitue un tue-l’amour à lui tout seul. Il incarne le summum de l’anti-marketing. C’est la bête noire des transporteurs. L’élément pénible pour les usagers. C’est aussi le triomphe des économistes des transports, qui ont montré que perdre du temps (en particulier avec les ruptures de charges), plombe la compétitivité des transports collectifs par rapport à la voiture (impact au moins aussi important que le coût monétaire).

La rupture de charge, c’est LE cauchemar que les constructeurs automobiles sont heureux de ne pas connaître. Et pourtant, ils vont devoir en passer par là ! Le véhicule autonome va les y obliger.

Celui qui arrivera à maîtriser au mieux la rupture de charge (sur tous ses aspects) disposera d’un avantage compétitif considérable. Il pourra offrir un service de mobilité très efficace à coût ultra-compétitif. C’est donc le déterminant de la mobilité réinventée de demain : partagée et autonome.

infographie

 

Mais alors pourquoi le covoiturage réinterroge-t-il le concept de « rupture de charge » et réciproquement ? 

 

Parce que le covoiturage change les ordres de grandeur.  

La « rupture de charge », si elle est honnie en général, fonctionne bien quand l’offre de transport en commun est abondante. Dans les grandes villes, enchaîner RER, métros ou bus est fait quotidiennement et massivement par les usagers. C’est acceptable, car l’offre de mobilité est efficace : un métro toutes les 5 minutes, un bus toutes les 8 minutes, etc. Cela se traduit concrètement par le fait que vous attendez peu, vous marchez peu… Bref, vous perdez peu de temps sur votre parcours. Le coût général (argent + temps) de votre déplacement est acceptable.

A contrario, si vous envisagez les ruptures de charges des transports collectifs dans les zones peu denses, cela devient très vite pénible. L’offre est faible et il est difficile, voire impossible de la combiner de manière correcte.

Le covoiturage utilise les véhicules et trajets existants. Soit un volume d’offres considérable. Si on s’appuie sur les flux de voitures, alors le potentiel de covoiturage ouvre une nouvelle perspective : une fréquence très élevée de transports, similaire à un transport collectif à haute fréquence. Là où vous aviez un bus par heure, vous vous retrouvez avec 60 voitures de l’heure. Dans le cas de cette offre abondante, vous pouvez envisager d’enchaîner plusieurs véhicules.

Si vous pouvez enchaîner plusieurs véhicules, alors vous pouvez vraiment vous déplacer au quotidien. Exactement comme avec les transports collectifs : vous pouvez vous déplacer, bien que ceux-ci ne vous emmènent pas en porte-à-porte. Si la rupture de charge est maîtrisée, alors le covoiturage peut être massifié.

Tout ce raisonnement fonctionne avec le covoiturage dans des véhicules conduits par des conducteurs et a fortiori avec le véhicule autonome.

***

En résumé, la rupture de charge, c’est LE nœud à résoudre pour une mobilité massivement partagée, aujourd’hui et demain. La rupture de charge, c’est le vrai graal du covoiturage. Et le porte-à-porte dans tout cela ? Pas d’inquiétude, on ne l’a pas oublié ! On vous en parle ici.

2 réflexions sur “Dans le covoiturage, le graal c’est la « rupture de charge » [partie 1]

    1. Merci Thomas de votre commentaire !

      C’est juste, le ratio est plutôt 8% en moyenne générale entre le véhicule particulier et le bus local (voir : http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/fileadmin/documents/Themes/Transports/Comptes_des_transports/2016/comptes-transports-2016-fiche-10.pdf)

      Mais ce chiffre de 1 VS 60 est un exemple pour illustrer des cas de figure concrets à un endroit du territoire, pas une moyenne générale.

      Comme nous développons le covoiturage dans les territoires périurbains et ruraux et que l’offre de bus de proximité est concentrée principalement dans les zones denses, le ratio 1/60 est assez favorable au bus ! Car dans de nombreux cas, il n’y a pas de bus du tout. Et quand il y en a, une fréquence horaire est assez rare.

      L’enjeu est bien de compléter le réseau de transport collectif, là où il est faible.

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