Le Gouvernement demande aux collectivités de couper dans les dépenses. L’action publique doit se réinventer et peut s’appuyer sur l’économie du partage et l’innovation pour plus d’efficience et pour la réussite de la transition énergétique et numérique.

À l’occasion de la Conférence Nationale des Territoires qui se tient lundi 17 juillet, le Gouvernement propose aux collectivités un « pacte de responsabilité ».

Ce pacte prévoit notamment un objectif de réduction de 10 milliards d’euros des dépenses de fonctionnement dans les collectivités, en contrepartie de 10 milliards d’euros d’investissement pour soutenir la transition écologique et numérique. Le défi est de taille, mais il est terriblement enthousiasmant.

La dépense publique possède de grandes marges de manœuvre pour être plus efficace. Non pas que les élus seraient de dispendieux gestionnaires ou que les fonctionnaires ne seraient pas efficaces : ces antiennes, outre d’être des injures à la réalité, coupent court à toute réflexion sérieuse et ambitieuse sur le sujet de l’avenir de l’action publique.

De même, la fin d’une croissance infinie de la dépense conduit trop d’observateurs à déclarer, péremptoires, “Il n’y a plus d’argent”. Sous-entendu : “c’est la fin, laissez tomber.” Avec une dépense publique représentant encore l’équivalent de 57% du PIB, même si celle-ci diminue, il y a de quoi faire. À titre d’illustration, la dépense de voirie et dans les transports dans les établissements intercommunaux représente plus de 25 milliards d’euros par an en France. Entre 25 milliards et zéro, il reste quelque marge de manœuvre.

En revanche, force est de constater que la dépense publique est encore bien trop classique et conventionnelle : elle manque encore d’imagination pour trouver plus d’efficacité. En effet, pour gagner en efficience de chaque euro dépensé, la commande publique, via les procédures de marché, a été largement concentrée sur la mise en concurrence. Il existe pourtant une autre manière de gagner en efficience : innover pour dépenser autrement.

Pendant ce temps, le secteur privé surfe sur la vague numérique pour réinventer des secteurs entiers, en apportant (parfois) des gains de productivité substantiels. Mais le monde des start-up, porté par les business angels et les fonds d’investissements (VC) qui recherchent une rentabilité élevée à court terme, ne s’intéresse pas à l’action publique : il ne la connaît pas et il ne l’apprécie pas (« Trop politique, trop lent, trop lourd »). L’action publique est très largement sous-considérée par le secteur bouillonnant de l’innovation.

Pourtant, ce n’est pas le potentiel de réinvention qui manque. Et c’est une bonne nouvelle, dans ce contexte inédit de contrainte budgétaire.

Prenons l’exemple des transports et de la mobilité dans les territoires péri-urbains et ruraux. Peu denses, ces territoires disposent de transports collectifs très limités. Ce n’est pas la volonté qui manque, mais l’absence de solution techniquement et budgétairement soutenable. Par exemple, les quelques collectivités qui mettent en place un “transport à la demande” (ligne de bus ou véhicule porte-à-porte déclenché sur réservation) craignent qu’il ne soit trop utilisé : les coûts étant exorbitants (pouvant atteindre 30, 40 voire 50 € par trajet), le budget ne suivrait pas.

Alors, quand survient la contrainte budgétaire, que faire ? Supprimer le peu de services de mobilité existants ? Ceci alors même que les besoins sociaux et environnementaux sont croissants ? C’est ce que certaines collectivités sont contraintes de faire, tel un département qui a coupé 35% de ses dépenses de bus en septembre 2016, conduisant à la suppression de lignes de bus entières.

Pourtant, dans ces mêmes territoires, la voiture est omniprésente. Et ces véhicules ont un taux d’occupation toujours très faible : en moyenne en France, une voiture est remplie de 1,3 passagers. Chaque véhicule constitue donc une réserve de 3 ou 4 sièges disponibles. Quand on ne peut plus dépenser pour ajouter des sièges sur la route au moyen de nouveaux véhicules (bus, mini-bus etc.), mobiliser cette immense réserve devient indispensable et profitable pour tous. L’économie du partage peut venir au secours des services publics.

Cependant, le covoiturage local ne naît pas tout seul : le secteur privé ne parvient pas seul à mobiliser ces sièges libres, par manque d’intérêt et par difficultés opérationnelles. En conséquence, l’action publique a tout son rôle à jouer : en intervenant, elle rend possible d’autres innovations. Réciproquement, avec l’intervention publique, on innove autrement.

C’est concrètement notre motivation chez ecov : à travers la conception de réseaux de stations de covoiturage connectées, nous permettons aux collectivités de bénéficier d’une nouvelle offre de transport, constituée par les citoyens eux-mêmes, qui acceptent de partager leurs véhicules. Ainsi, un nouveau service public est né : un service public co-produit par les usagers grâce aux sur-capacités actuelles du système routier (voitures & routes). Au final, la collectivité dispose d’un nouveau service de mobilité à proposer, à coût tout à fait soutenable (investissement et peu de fonctionnement).

Sans intervention publique, nous ne pourrions pas réaliser ces innovations. Sans innovation, les collectivités n’ont plus aucune solution.

Cette intervention publique est donc particulièrement saine : en finançant l’innovation, elle accouche de nouveaux services utiles, moins gourmands en argent public et plus efficients. En travaillant directement avec des start-up, les collectivités contribuent à l’émergence de nouveaux modèles d’usages.

En proposant une offre innovante, les pouvoirs publics poursuivent également leur rôle de régulation en orientant le service, par exemple en garantissant son accès à tous (pas de fracture numérique), en aménageant le territoire, en garantissant la péréquation territoriale etc. Autant d’objectifs qu’un acteur privé seul, même s’il rencontrait le succès en innovant seul, ne pourrait pas assurer.

L’économie du partage est source de réinvention de la dépense publique, pour plus d’efficience. Et la dépense publique réorientée permet d’engager une nouvelle vague d’innovation. Nous avons pris l’exemple de la mobilité, mais le principe est valable dans bien d’autres secteurs d’intervention publique (logement, déchets, éducation, etc.).

Lorsque le Gouvernement demande aux collectivités de réduire la dépense de fonctionnement au profit de l’investissement, lorsqu’il souhaite la transition écologique et numérique, il pousse à la réinvention de l’action publique. Ce ne sont pas des défis qui se cumulent, mais des défis qui se résolvent ensemble et mutuellement.

Nous le disons aux territoires : ensemble, soyons optimistes.

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